Scandale du TGV NordLa ligne de TGV Nord, reliant Paris à la capitale des Flandres, fait partie des trois lignes les plus chères de France. Qu’est-ce qui explique un tel écart de tarifs ? Nordway Magazine, dans son édition de septembre, offre les résultats de son enquête.

 

Un prix du kilomètre plus élevé qu’ailleurs

Il ne fait aucun doute, pour le lillois désireux de descendre à la capitale, que son trajet en TGV ne lui sera pas donné. Il paiera son kilomètre 28,3 centimes, tandis qu’un lyonnais le paiera 23, et un bordelais, 17. Le lillois peut néanmoins se rassurer : il y a moins bien loti que lui ! Un Le Mans-Paris coûte 29 centimes le kilomètre, et un Tours-Paris un centime de plus, ce qui en fait la ligne la plus chère du pays. Les lignes courtes sont-elles les plus chères ? Il semble que oui.

Il semblerait même qu’une ligne courte comme Lille-Paris soit une « vache à lait » pour la SNCF. Comment expliquer que ses prix aient augmenté de 3,8% en 2013, alors que l’augmentation nationale moyenne est de 2,3% ? Certains observateurs avancent que le TGV Nord finance d’autres lignes déficitaires… Une telle pratique ne serait pas étonnante, surtout que la SNCF, depuis 1983, conjugue vocation commerciale et mission de service public ; l’entreprise s’est en effet transformée en Établissement public à caractère industriel ou commercial (EPIC).

Bernard Roman, député PS du Nord et conseiller régional, note que la « Région Nord – Pas-de-Calais, puis Lille Métropole, ont contribué massivement au financement de la LGV Nord ». Les tarifs du TGV Nord ne sont rendus que plus « injustifiables ».

Le tableau n’est cependant pas si noir qu’on ne le pense, et les collectifs de défense des usagers le reconnaissent. Les billets achetés à l’avance, comme les Prem’s, sont relativement abordables. La SNCF note qu’en 2012, la moitié des passagers de seconde classe a payé moins de 30 euros et que « deux clients sur trois bénéficient d’un tarif réduit ».

 

La gourmandise de RFF

Outre le coût excessif du prix du kilomètre, la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT) pointe du doigt le grand écart entre le tarif en période normale et en période de pointe. Sur un tarif donné, les billets passent de 43 à 57€, soit une augmentation de 37%, alors qu’aucun service supplémentaire n’est proposé.

Guillaume Pépy, président de la SNCF, n’hésite pas à tacler Réseau Ferré de France (RFF). Le propriétaire du réseau ferré fait payer un droit de péage pour chaque rame en circulation. Or, il s’avère que sur la ligne TGV Nord, ces frais de péage représentent un tiers du prix du billet ; c’est quasiment deux fois plus que la moyenne, selon Guillaume Pépy !

Bruno Cattiau, de l’UNSA-cheminots de Lille, n’hésite pas à rejeter la faute sur… Pierre Mauroy. Celui qui était maire de Lille « a exercé une pression énorme pour que l’ouverture de la ligne à grande vitesse Nord ait lieu avant l’inauguration du tunnel sous la Manche ». Le chantier ayant donc été accéléré, plusieurs considérations techniques ont été négligées. Et selon Bruno Cattiau, c’est aujourd’hui que nous payons les pots cassés, à travers les coûts de l’entretien et de maintenance.

RFF prévoit d’augmenter ses frais de péage de 10% dès le début de l’année prochaine. La baisse de prix espérée sera-elle compromise ? Ou la SNCF décidera t-elle de « lisser » ses tarifs ? Dans tel cas, note Bernard Roman, « la SNCF, soit augmentera tous les autres, soit baissera ceux du TGV Nord ».