Maladie : pourquoi le voyage est la meilleure thérapie

Moi devant le volcan Teide enneigé, à Tenerife en Espagne.

Une fois sorti de l’hôpital, je ne m’estimais pas totalement guéri. La médecine ne soigne que les maux du corps. Mais pour soigner les maux de l’esprit, le remède ultime est le voyage. Le voyage a toujours été un moyen de rompre la routine et d’abreuver ma soif de découverte. Il m’a souvent fait oublier les petits tracas de la vie, comme une prise de tête avec une fille. À présent, il panse des blessures incomparables, bien plus sévères et injustes. Comme je l’explique dans mon dernier article, ces blessures sont surtout psychologiques, alors même que je me prête un moral d’acier. C’est dire sur la violence qu’a exercé sur moi ce putain de CANCER du rein qui n’avait rien à faire là à l’âge de 26 ans.

> Lire – Cette maladie qui donne un nouveau sens à ma vie

Pendant cette lamentable épreuve commencée fin septembre, le voyage était ma sortie de secours. Quand on me répétait que ma maladie était grave et “qu’il est encore temps de me sauver” ; quand j’entendais le boucan du scanner en train de lire dans mes entrailles, etc., hop, je tournais les yeux vers le ciel, la route, l’horizon, n’importe quoi de beau et de lointain, pourvu que ça me fasse oublier. Et je rêvais d’une chose : courir vers ce ciel, cette route, cet horizon. Pardonnez l’expression, je voulais être de nouveau “En Marche !” D’ailleurs, j’ai voulu repousser la date de mon opération de quelques semaines afin de partir loin entre temps – ce à quoi j’ai heureusement renoncé. A défaut, j’ai repensé à mon dernier voyage, deux semaines en Californie, dernière lueur avant la nuit.

Rester debout

Pendant ma convalescence, je n’ai pas résisté à l’appel du dehors. Quelques jours après ma sortie d’hôpital et la perte de mon rein gauche, je déambulais déjà dans Paris comme si de rien n’était. J’en avais assez de vivre au rythme des consultations. Je voulais redevenir le maître de mon temps. On me sommait de me reposer. Je répondais : “Ce qui me fatigue, c’est de rester chez moi à ne rien faire.” Cette pause forcée a quand même été bénéfique : pour une fois, j’ai pu vivre au ralenti et avancer calmement dans mes projets, notamment dans l’écriture d’un livre.

L’ambiance des aéroports, les annonces sonores dans les gares, porter mon sac à dos, parler anglais… Tout cela me manquait terriblement. C’est pourquoi j’ai déguerpi dès que j’ai pu. Dès la fin de ma convalescence et de mon arrêt maladie d’un mois, j’ai enchaîné quatre séjours : Rotterdam, Vienne, Londres et Tenerife. Je ne vous raconte pas le plaisir d’être de nouveau debout après être resté allongé plusieurs semaines. Lorsque le soir, mon smartphone indiquait le nombre de pas réalisés dans la journée, j’étais ravi de me voir de retour dans le game. J’étais au-dessus de 20.000 pas, soit 15 à 20 km parcourus par jour dans le froid. J’étais plus motivé que jamais.

Un grand voyage pour prendre ma revanche

Pour une fois, j’ai tenu à ne pas partir seul lors de certains de ces voyages. Car si le voyage fait beaucoup, il ne fait pas tout. Il faut aussi l’amitié, l’amour et le travail pour former un quatuor vertueux – les Quatre Fantastiques, si vous voulez. D’ailleurs, je me demande si je vais continuer à barouder en solo – mais c’est une autre histoire.

Ces petites escapades ne me suffiront pas. Pour enterrer définitivement ce lamentable épisode de ma vie, il me faut un voyage éprouvant. Une aventure qui sorte un peu de la banalité. C’est pourquoi je veux aller tout au nord de la Suède, à Abisko, pour redescendre un chemin de randonnée dénommé “Kungsleden”. Au printemps, je prévois de partir au moins dix jours en auto-suffisance, c’est-à-dire en dormant dans ma tente et en buvant l’eau pure et fraîche des rivières. En gros, je partirai en mode “Into the Wild”. Je ne cherche pas à accomplir d’exploit. Je veux simplement connaître mes limites, aller au-delà et frapper mon esprit de belles émotions.

Plus vivant que jamais

Cette maladie, sourde et sournoise, est vraiment tombée comme un cheveu sur la soupe. Je n’ai jamais été malade avant et rien ne me prédispose à l’être ensuite. Je n’avais jamais été hospitalisé. Je n’avais jamais été en arrêt maladie. Bref, un citoyen exemplaire pour les comptes de la Sécu. Je veux montrer à travers ce voyage – sorte de revanche sur la vie – que je suis en excellente santé. La prochaine maladie qui vient m’importuner, eh bien je l’enverrai se faire foutre.

Je repense à ce livre que j’ai lu à l’hôpîtal et qui me pousse à écrire le mien : Seper Hero de Marine Barnérias, une fille de mon âge atteinte de sclérose en plaques. Le sous-titre “Le voyage interdit qui a donné du sens à ma vie” résume mon projet. C’est ce que je pense aussi : voyager est le meilleur moyen d’affirmer sa vie et d’être au monde. De dire : voilà, je suis debout sur cette Terre, vivant et trépidant.

“Ce voyage sera pour moi une manière d’apprendre à me connaître vraiment, à, je l’espère, affronter la vie différemment, mais surtout à faire taire de ce que le mal-a-dit. […] Le voyage sera mon remède, mon antidote. Mon initiative se veut un outil de réconfort pour garder espoir, ne pas oublier ses rêves mais le plus important, “écouter notre coeur”. […] Mon objectif est simple : faire naître chez chaque malade une énergie positive et une confiance en la vie.”

Seper Hero, Marine Barnérias, Flammarion, 2016

Photo de une : Dès la fin de ma convalescence, mi-décembre, j’ai enchaîné quatre séjours, dont l’un à Tenerife (Espagne). Ici, le volcan Teide.