Aéroport de Notre-Dame-des-Landes : l’Etat s’obstine dans un projet dépassé

1 Comment
Fin 2012, de violents affrontements entre "zadistes" et gendarmes ont conduit à l'interruption du chantier. Crédits : Jean-Sébastien Evrard / AFP

Fin 2012, de violents affrontements entre « zadistes » et gendarmes ont conduit à l’interruption du chantier.
Crédits : Jean-Sébastien Evrard / AFP

On croyait en avoir fini avec ce scandale innomable. Le départ de Jean-Marc Ayrault, la désapprobation des Français, le drame de Sivens, la lassitude des partisans… Tout laissait présager que ce projet d’aéroport, dans les petits papiers des élus de Loire-Atlantique depuis 50 ans, était tombé aux oubliettes. Mais puisque les gouvernants passent maîtres dans l’art de la feinte, v’là-t’y pas que l’Etat annonce la « reprise des travaux », trois ans après leur interruption dans la violence.

La surprise ne suffisant pas, il faut en plus que ceux qui nous tiennent tête fassent preuve d’une absurdité sans équivalent. Plus rien ne nous étonne. Suivez l’exemple ! Le pays organisateur de la COP 21, qui se veut l’événement mondial de lutte contre le réchauffement climatique, est aussi celui qui autorise la construction d’un énième aéroport dont personne n’a besoin. Aéroport dont la construction va détruire des centaines d’hectares d’écosystème et dont le fonctionnement va produire toutes sortes de pollutions.

> Un schéma d’un autre siècle

Ce projet est une gabegie sur tous les fronts. On en vomirait presque de devoir inlassablement le marteler à tous nos toqués de politicards, divinement excités à l’idée que cet aéroport va marquer le retour du plein-emploi. Les défenseurs de ce projet campent sur un schéma obsolète qui n’a plus sa place dans notre siècle de raison et de tempérance. Alors que les énergies renouvelables commencent à se développer, alors que les véhicules propres commencent à se déployer sur nos routes, l’Etat veut favoriser un mode de transport qui a peu évolué depuis ses débuts, quoi qu’on en dise. Trouvez la logique. La France n’a pas besoin de ça.

Lire aussi : Un projet de 1967 pour répondre aux défis de notre temps (blog de Pierre Deruelle)

Les idées libérales ont beau parfois nous séduire, on leur trouve certaines limites. Tout projet pharaonique n’est pas une condition au progrès. Il ne s’agit pas de s’opposer à un projet en particulier, mais au monde qu’il représente, au modèle de société qu’il incarne. Construisez donc ce « troisième aéroport de Paris », avec son gros parking vache à lait et tout, et il attirera les moqueries de tous les gens raisonnés d’Europe. Tout juste servira-t-il à une suite des Amants passagers, film de Pedro Almodovar où, pour rappel, l’avion déjanté atterrit dans un aéroport flambant neuf, mais vide.

Les candidats socialistes aux régionales se sont donc tiré une balle dans le pied, un mois avant un scrutin déjà annoncé comme une déroute. Plus encore, François Hollande et toute sa suite se mettent en mauvaise posture pour 2017. En laissant ce projet se faire (sans forcément l’approuver !) et, plus grave, en engageant les travaux en dépit des recours, le Président risque de s’attirer la gronde des citoyens. N’y-a-t-il pas d’autres priorités dans ce pays déprimé ? Qu’on se rappelle la « lutte du Larzac », dont on dit qu’elle a joué dans la défaite de Valéry Giscard d’Estaing en 1981. Son successeur, François Mitterrand, n’a pas perdu une minute pour mettre un terme à ce projet.

Jean-Marc De Jaeger

Categories: Archives

Tags:

Derniers articles

  • Comment mon voyage en Californie m’a rendu végétarien

    Mon voyage en Californie fut « le plus beau, le plus rare, le plus troublant, le plus pur et le plus enivrant » de ma vie. Et voici en partie pourquoi : je ne me suis jamais autant soucié de mon alimentation et ma manière de consommer. Deux semaines ont suffi pour tout remettre en question et […]

  • Griffith Observatory : la plus belle vue sur tout Los Angeles

    Vue sur Los Angeles depuis Griffith Observatory

    Pour admirer l’étendue monstrueuse et tentaculaire de Los Angeles, le mieux est de grimper jusqu’à Griffith Observatory. Loin du flot continu des voitures, on se rend compte, ici, au calme, de l’étendue de la Cité des Anges. C’est simple, on n’en voit pas la fin. Les avenues et boulevards foncent vers l’infinité de l’horizon. On se […]

  • J’ai testé l’appli Too Good To Go : manger pas cher en évitant le gaspillage

    Application Too Good To Go, smartphone, gâteau, gaspillage alimentaire

    Comment ai-je pu ignorer l’existence de cette application, moi, le roi du bon plan ? C’est en regardant sur M6 l’émission Capital du 1er juillet (« Vacances gratuites ou à prix cassés : que valent les nouveaux bons plans ? ») que j’ai découvert le concept de Too Good To Go : plutôt que d’être bêtement jetés […]

  • Le meilleur hôtel où j’ai séjourné : Santuari de Cura, à Majorque

    Je n’avais jamais séjourné dans un pareil endroit. Imaginez : un hôtel perdu au sommet d’une montagne, situé dans un monastère, calme et pas cher, avec une vue incroyable sur l’île de Majorque. C’est dans cet hôtel pas comme les autres que j’ai séjourné lors de mon premier voyage sur la plus grande île des […]

  • Visiter les Hospices de Beaune et se replonger dans La Grande Vadrouille

    Tous ceux qui ont vu La Grande vadrouille (et j’espère que vous en faites partie) ont forcément aperçu l’Hôtel-Dieu de Beaune. Dans une scène, on peut voir les aviateurs de la Royal Air Force cachés dans les lits de la salle des Pôvres. L’une des sœurs demande à Big Moustache : « Dites trente-trois. » À Big […]

  • J’ai testé une visite guidée de Brooklyn avec New York Off Road

    Je n’ai pas l’habitude de prendre part à des visites guidées, préférant découvrir une ville au gré de mes pas. Mais mon voyage à New York étant celui des premières fois, je me suis laissé tenter par une visite guidée de l’agence New York Off Road. Sa particularité ? Elle a été créée par une […]

Où suis-je allé ?