Etudier à distance pour désengorger les universités

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Crédits : Charly TRIBALLEAU

Crédits : Charly TRIBALLEAU

On nous annonce qu’en cette rentrée, les facs accueilleront 65.000 étudiants de plus qu’en 2014. Rendez-vous compte, ce chiffre représente l’effectif de trois ou quatre établissements ! Cette soudaine envolée démographique est l’occasion de s’interroger sur l’avenir de l’université : il est plus que temps qu’elle s’adapte à l’air du temps et qu’elle anticipe les modes de vie futurs.

Plutôt que de chercher absolument à repousser les murs ou à construire de nouveaux bâtiments, ne serait-il pas temps de développer l’enseignement à distance ? Rien ne s’y oppose matériellement. Les jeunes qui arrivent aujourd’hui sur les bancs de la fac ont toujours baigné au milieu des nouvelles technologies. Ils vivent connectés, branchés – ce qui n’est pas sans rapport avec leur curiosité. Qu’on ne s’étonne pas que la génération Z, née après 1995, utilisent leur smartphone, tablette ou ordinateur comme vecteurs du savoir.

Ce qui fait défaut, en revanche, c’est probablement la volonté politique. Les universités subissent une hausse démographique au moment même où les budgets baissent. Pour ne rien arranger, le nombre de boursiers va grandissant : on en compte 135.000 de plus en cette rentrée. Ce qui ne semble pas inquiéter nos gouvernants… « Forte augmentation du nombre d’étudiants, une chance pour nos universités dont l’attractivité est aussi redevenue forte », s’est réjoui dans un tweet la ministre de l’Enseignement supérieur, Najat Vallaud-Belkacem. En somme, l’université – et ses étudiants – vivent sous perfusion, mais puisqu’on vous dit que c’est bon pour le pays !

> Valoriser les MOOC, privilégier la mobilité

Ce student boom peut être une « chance » à condition que l’université ait les yeux en face des trous, autrement dit qu’elle entre bien en phase avec les nouveaux usages. On le dit assez souvent, la révolution numérique bouleverse tout, y compris le salariat. Le télétravail n’est plus un tabou, pas plus que le travail en espace de coworking ou l’aménagement des horaires. Pourquoi ne pas préparer, dès maintenant, nos étudiants aux modes de vie qui seront les leurs à l’avenir ? Il y a fort à parier que dans la décennie prochaine, on étudiera et on travaillera dans des conditions beaucoup plus flexibles et de manière beaucoup plus mobile. Se rendre chaque jour à tel endroit à des horaires précis pour s’y enfermer toute la journée n’aura plus grand sens.

Une manière d’étudier née il y a quelques années représente l’avenir de l’éducation : il s’agit des MOOC. Au milieu du gloubiboulga numérique, les MOOC sont là, sérieux, précis, pertinents. Leur contenu ne ressemble pas à toutes les « conneries » qui échouent sur le web : leur contenu est créé et vérifié par des enseignants et des établissements ayant pignon sur rue. Il faudrait valoriser ces formations en ligne. On ne se rend pas encore compte de tout le potentiel que les MOOC représentent… Pour cela, il faudrait les rendre certifiantes et leur permettre de générer des crédits ECTS ; pour le moment, elles ne font l’objet que d’attestations de suivi sans valeur officielle.

> Apprendre et s’épanouir

A travers ces MOOC, l’étudiant se verrait proposer une offre de cours variée et considérable qu’aucun établissement physique ne pourrait mettre en place. Il pourrait, en outre, bénéficier d’une formation trans-disciplinaire qui lui ouvrait l’esprit au lieu de le laisser prisonnier d’un domaine restreint. Les établissements – et donc l’Etat! – à l’origine de MOOC réaliseront, quant à eux, ce que l’on appelle des « économies d’échelle » : la somme investie reste la même qu’il y ait un ou cent milliers d’étudiants inscrits. Il faut parfois se rendre compte de quelle manière tourne une université : on n’est pas loin de ce qui se fait dans une usine (à gaz)…

Défendre et appeler au développement des MOOC, ce n’est pas prôner le sédentarisme. Ce n’est pas non plus vouloir la disparition des enseignants (fonctionnaires). Bien au contraire, permettre aux étudiants d’étudier ce qu’ils veulent, où ils veulent, quand ils veulent, c’est les pousser à être plus mobiles. Les aider à organiser leur formation comme ils le sentent, c’est leur donner l’opportunité d’aller « chercher ailleurs », c’est-à-dire d’apprendre autrement que par la voie académique. C’est leur donner le temps de travailler, de s’impliquer dans la société ou de monter leur entreprise en parallèle d’un apprentissage nul en concrétude. (A défaut d’intégrer une grande école, ils entreront donc de plain pied dans l’école de la vie, ce qui est plus formateur.) Une telle initiative profitera aux deniers publics grâce à des économies intelligentes et bienvenues. Et elle sera d’autant plus utile à notre jeunesse qui, las d’un enseignement archaïque, ne feront plus la différence entre apprendre et s’épanouir.

Jean-Marc De Jaeger

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