IMG_5566Pétards, fumigènes, slogans, tambours improvisés… Tous les moyens étaient bons pour se faire entendre. Mardi, plusieurs centaines de manifestants, partis à 14h30 de la porte de Paris, ont exprimé leur refus de la réforme des retraites présentée fin août par le premier ministre Jean-Marc Ayrault.

Quelques manifestants ont bien voulu exprimer les raisons de leur présence.

 

Patrick Desmet, employé à l’hôpital de Roubaix et secrétaire de sa section Sud, indique d’emblée : « Ce que j’ai refusé en 2010, je le refuse encore plus en 2013. Cette réforme va encore plus loin que la réforme Fillion-Sarkozy. […] Travailler plus longtemps alors qu’il y a des jeunes au chômage ; travailler plus longtemps alors qu’on n’a jamais généré autant de richesses dans le pays, c’est inacceptable ! » Ce salarié de 55 ans, entré dans la vie active à l’âge de 22 ans, est à 8 ou 9 ans de la retraite. Il souhaite que le gouvernement s’attaque à l’exonération fiscale du patronat. Sa présence, il l’explique aussi par sa défense de la jeunesse : « J’ai ma maison, tout réglé. Ce n’est pas pour moi que je suis ici, mais pour les plus jeunes générations ». Et de conclure : « On a tous espéré un changement, un changement que se fait attendre. […] Faut que la roue tourne, place aux jeunes ! »

A 64 ans, Cécile Clarisse continue de travailler « par besoin financier », pour combler « la baisse du niveau de vie et la hausse des impôts ». Pourtant, cette adjointe à l’administration dans le secteur pénitencier, qui a commencé à travailler à 17 ans, aurait pu accéder à la retraite dès 60 ans. Elle effectue des heures supplémentaires , mais elles ne suffisent pas non plus. Elle avoue très peu sortir par économie. « Toute ma vie, c’est payer les factures, penser à ma fille, et survivre. Après mes factures, il me reste 50 euros, ou rien. Et si j’ai des dépenses imprévues, je suis à découvert ». Elle reconnaît, cependant, qu’elle bénéficiera d’une pension raisonnable : 1600 euros mensuels selon ses estimations. Mais cela ne l’empêche pas de penser que les politiques sont sur leur « nuage ». Et que les extrêmes se nourrissent de cette « désespérance ».

Ses deux collègues, eux aussi, continuent de travailler, alors qu’ils peuvent déjà prétendre à la retraite. L’un déclare : « Les politiques se sont trompés. Ils ont frappé encore une fois sur la couche populaire plutôt que sur le financier ». L’autre note qu’à cause de la hausse des cotisations, son salaire diminue année après année.

Benoît Montuel, employé à Renault Douai, est confronté à la pénibilité du travail. Pour ce trentenaire, le quotidien se résume au port de charges lourdes, 8 heures par jour, en situation debout, avec des « pauses de plus en plus courtes ». Vingt à trente minutes de travail supplémentaires lui sont imposées chaque jour, sans qu’elles ne soient rémunérées. Il évoque la dégradation physique de ses aînés : « On voit que nos collègues, dès 55 ans, ont du mal à travailler ». Et de faire part de sa désillusion vis-à-vis des politiques : « On s’est plaint de Sarkozy, mais on peut se plaindre encore plus de Hollande, qui nous avait promis une retraite à 60 ans ».