QJeune_et_Jolieui a vu les films de François Ozon connaît bien son talent pour briser les tabous. Le trublion (n’hésitons pas à le dire) du cinéma français a indigné les âmes bien pensantes du dernier Festival de Cannes, au point, d’ailleurs, que le film est déconseillé aux moins de 12 ans. Comment ne pas être troublé, dérangé et déconcerté par un film abordant la prostitution ? Pire : la prostitution d’une adolescente ?!

C’est qu’à travers ce thème pour le moins radical, le réalisateur cherche moins à choquer qu’à rendre compte des transformations d’une femme en devenir. Quand le corps se sculpte et que la virginité se perd, quels nouveaux désirs peuvent donc habiter une adolescente ? Qu’est-ce qui se cache à l’ombre d’une jeune fille en fleur ? C’est principalement ces questions qui préoccupent le réalisateur dont le film précédent, Dans la maison, explore le côté mâle de la chose.

Qu’est-ce qui peut expliquer qu’une fille des beaux quartiers, bien rangée, bien encadrée et qui ne manque de rien, en vienne à se prostituer ? A « faire la pute », comme diraient certains. A louer son corps à des hommes de l’âge de son père, voire de son grand-père. Le spectateur, sans cesse tourneboulé par l’inattendu, jamais certain de ce qui va suivre, ne comprend que tardivement l’esprit d’Isabelle, jeune et jolie fille (femme ?) de 17 ans. L’adolescence, voilà ce qui est exploré. Et non, « ce n’est pas un film sur la prostitution », se défend le réalisateur ; c’est bel et bien un tableau psychologique de l’adolescence.

Si Arthur Rimbaud pouvait sortir de sa bière pour regarder ce film, sans doute serait-il transporté d’approbation. Son célèbre alexandrin, « On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans », est d’une pertinence sublime. Le poète, éternellement jeune, verrait portées à l’écran l’exaltation juvénile, la soif d’aventure et l’expérimentation de l’inconnu qui lui ont inspiré ses meilleurs poèmes.

Mais l’adolescence et ses saillies ne durent qu’un temps. « On n’est jamais sérieux quand on a dix-sept ans », c’est bien vrai ; mais sûrement qu’à dix-huit, sans arrêter d’être encore jeune et jolie, on fait vœu de le devenir.