La réussite de l’autre côté de la Manche

Bourvil AngleterreLa meilleure façon de connaître le mode de vie d’un pays, c’est encore de discuter avec une personne qui l’adopte. La semaine dernière, nuitamment en route vers Londres, j’ai fait connaissance avec une française qui s’y est installée pour poursuivre ses études de commerce.

Dans l’attente du shuttle, une bonne heure et demie, nous avons beaucoup parlé des différences entre la France et l’Angleterre et de leur capitale respective. Évidemment, les comparaisons étaient inévitables, et nous ne manquions pas d’en faire la liste, principalement sur les thèmes de l’emploi et des études. Il en est ressorti un tableau dithyrambique du royaume d’outre-Manche, l’air de se dire que l’herbe y est plus verte qu’en notre République.

 

> L’emploi pour tous

Au sujet de l’emploi, d’abord. Pour cette londonienne, qui travaille dans un coffee shop en banlieue, les petits jobs sont très accessibles et assez chichement payés. S’il est vrai que la lettre de motivation et le CV sont, comme ici, les pièces maîtresses de toute candidature, les employeurs anglais y prêtent moins d’attention que leurs homologues français. Selon elle, le caractère et le tempérament comptent davantage que les expériences antérieures, de même que le niveau d’anglais, car les petits boulots vont avant tout aux « étrangers », européens compris.

A cette facilité d’accès pour les postulants s’ajoute la simplification administrative pour les employeurs. La paperasse, voilà une spécialité bien française qui ne s’est pas exportée contrairement au vin. On m’a fait comprendre que nos amis anglais, champions en souplesse et plutôt cools, ne se perdaient pas dans toutes ces formalités décourageantes. Enfin, la relation entre le boss et l’employé y semble plus étroite, d’autant que les arrangements, notamment niveau horaires, sont monnaie courante.

J’ai rappelé à cette « expatriée » que l’Angleterre, en réponse à la crise, a choisi d’ouvrir les vannes de l’emploi, bien que cela se fasse au détriment de la qualité. Il serait déraisonnable de parler de « plein emploi », mais il s’avère le pays a préféré couper la poire en deux : plus d’emplois précaires et à mi-temps, moins d’emplois stables et à plein temps. En résulte un taux de chômage à nous faire pâlir de jalousie : 7,1% fin 2013, soit le niveau le plus bas depuis mars 2009.

 

> Être autodidacte et réussir

Mais il n’y a pas que dans les petits boulots que la souplesse est de mise : dans la carrière aussi – et surtout. Puisque mon interlocutrice évoquait ses projets, j’ai jugé bon d’exposer les miens. Et j’étais étonné, bien que je m’y attendais, d’entendre dire que les anglais sont là encore friands de laisser-faire. Je me plaignis que la France soit folle des concours, des diplômes, et des bacs + ; et je m’échauffai un brin en évoquant, en particulier, le grand cas que l’on fait des concours dans le journalisme.

J’ai été conforté dans mon idée en apprenant que les anglais, en général, donnent une chance aux autodidactes motivés. Entre autres, ai-je entendu, les employeurs font travailler gratuitement pendant six mois et, si les résultats sont concluants, hop ! ils nous embauchent sans attendre et donnent même une prime pour les missions passées. En somme, l’évolution en interne – que je défends vaillamment – n’y est pas l’exception mais quasiment la règle. Au moins un pays qui ne fait pas attendre ses jeunes ambitieux !

De telles pratiques, je le répète, ne m’étonnent pas, car je sais qu’en Angleterre, ainsi qu’en Suisse et au Danemark, les jeunes ne s’attardent pas dans les études et les diplômes ne sont pas la panacée : dès que possible, parfois dès la majorité, ils entrent tout de go sur le marché sur travail. Comme par un fait exprès, quelques jours plus tard, je lisais dans L’Express la chronique de Christine Kerdellant abordant justement cette exception française. vacances-de-mr-bean-2007-11-g

Néanmoins, un paradoxe au passage : dans ce pays, où les diplômes semblent donc de moindre importance, les universités sont mondialement reconnues. Cambridge et Oxford, notamment, comptent parmi les plus prestigieuses du pays et du monde.

 

> Un bien beau pays que l’Angleterre

Enfin, puisque nous parlions de presse, ma voisine de voyage m’a confirmé que les anglais sont attachés à leurs journaux, tabloids or not. Ils s’achètent bien, et en plus, des titres de qualité sont distribués gratuitement, chaque jour, à la sortie de l’Underground. En effet ! London Evenening Standard contient près de soixante pages et offre autant d’informations développées qu’un payant de chez nous. Aucun rapport avec nos gratuits 20 minutes, Metro ou Direct Plus, qui se limitent à la brève présentation des faits.

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Au-delà de ces sujets, nous avons parlé d’autres détails qui distinguent la France de l’Angleterre : la perception des politiques dans la société, le coût de la vie dans la capitale, l’apprentissage des langues, etc. Au final, on aurait raison raison d’être so jealous des britanniques, qui ont des idées dont notre pays devrait s’inspirer, ne serait-ce que pour résorber la fuite des jeunes à l’étranger. Proximité n’étant pas connaissance, on est toujours surpris de ce qui se passe tout près, derrière les frontières. Et l’avantage des hasards du voyage et des rencontres qui l’accompagnent, c’est de pouvoir combler notre ignorance et satisfaire notre besoin de connaître. Et au terme de notre discussion, j’ai bel et bien eu le sentiment qu’outre-Manche, l’herbe est verte, plus verte que de ce côté-ci.

 

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