Ne plus parler anglais comme une vache espagnole

Français AnglaisNos voisins aiment l’art de vivre à la française : le croissant, le vin, la tour Eiffel, les Folies Bergères, etc. Malgré tout, il leur arrive bien souvent de se moquer volontiers de la France, et a fortiori des Français. Quand ils le font, c’est souvent sur le terrain linguistique. Et force est de reconnaître qu’ils n’ont pas tout à fait tort. Le monolinguisme : voilà une autre de nos spécialités.

Aux yeux de l’Europe, la France fait figure de cancre quant à l’apprentissage des langues. Rendez-vous compte : selon Education First, sur 23 pays étudiés, nous sommes placés en avant-dernière position tandis que la Suède occupe le haut du podium ! Beaucoup de raisons à cela : un manque de motivation peut-être, un protectionnisme gaulois probablement, … un mauvais apprentissage, sans aucun doute.

 

> En trois ans, rester au même niveau

Je suis bien placé pour en parler. Lorsque l’année dernière je quittai l’université, j’eus l’impression de quitter le lycée, tellement mon niveau en anglais n’a pas évolué entre deux. Je fais même le constat que pendant tout ce temps-là, entre le bac et la licence, mon capital linguistique est entré en récession. Autant le dire tout de go : en trois années, je n’ai rien appris. Rien. Alors que le collège et le lycée m’ont été d’un intérêt certain. Si j’étais un type vulgaire et grossier, j’irais jusqu’à dire « fuck the fac » – mais je ne suis pas un type vulgaire et grossier.

Évidemment, il ne faut pas compter sur l’université pour devenir bilingue, trilingue ou polyglotte. Tu m’étonnes, en 2 heures par semaine pendant six mois… Car concrètement, que faisons-nous ? Des études de texte, du texte, et encore du texte. Sous la forme d’un article de journal ou d’un extrait de roman, on bouffe du texte à tout va et on passe tout le cours à le traduire, même si, of course, on s’attarde sur les quelques subtilités de langage. Le pire dans cette affaire est que le texte peut ne pas nous intéresser voire franchement nous emmerder.

Il est vrai qu’il arrive de produire, de temps en temps, un travail écrit ou une prestation orale. Mais le plus souvent, c’est simplement pour respecter la nomenclature universitaire qui impose aux enseignants ce genre de formalité. Et puis soyons francs, ce ne sont pas ces petites thérapies de groupe qui règlent quoi que ce soit. Tout au plus faisons-nous un effort de quelques heures par semestre : le reste du temps, on est là en spectateur ou en touriste. 

La plupart de mes connaissances qui suivent un cursus d’anglais m’expliquent même, clairement, que leurs cours ne les aident pas à assimiler la langue de Shakespeare. Alors imaginez pour les autres étudiants…

 

> En un an, progresser miraculeusement

  • Lire, voir, entendre : suivre de la presse anglophone

IMG_9876Face à cette désolation, et ne pouvant pas une nouvelle fois compter sur le système éducatif français, j’ai entrepris d’apprendre par moi-même. Car, du moins sur ces questions, « on n’est jamais si bien servi que par soi-même ». Et puisque dès septembre, j’ai décidé de consacrer tout mon temps à l’érudition et à l’autodidaxie, autant enrôler la langue de Shakespeare dans le processus.

Le bilan – bien que temporaire, car on n’a jamais fini d’apprendre – est des plus impressionnants. Sans professeur ni encadrement, je me suis amélioré comme pas possible. C’est que, voyez-vous, je lis, écoute et regarde la presse anglophone. Et je comprends tout.

Je suis bien content d’avoir personnellement la télé, qui me permet de regarder les chaînes d’info anglophones. Je dis anglophone car je ne me limite pas aux chaînes exclusivement anglo-saxonnes. En plus de regarder Skynews, CNN ou BBC, il m’arrive de vagabonder à travers le programme « International » des chaînes espagnoles, allemandes, moyen-orientales, asiatiques, etc.

A la télé se joint la radio, mais avant tout la presse écrite. Toutes les deux semaines, je reçois le magazine Vocable qui, en plus d’être très agréable à lire et d’être destiné aux jeunes, explique certaines tournures et traduit les mots les moins accessibles.

Mieux, quasiment tous les jours, je lis… The New York Times ! Et en version papier, please ! Bien heureux de pouvoir l’obtenir gratis, je l’ouvre toujours bien grand et m’attarde en particulier sur des actus peu ou pas relayées en France. Tout bénef pour nourrir ma culturelle internationale, puisqu’en vingt pages, le grand quotidien américain fait le tour du monde à travers des reportages au long cours. Évidemment, je complète cette lecture en naviguant, en ligne cette fois, entre The Guardian, The Independent ou The Economist – lequel est expert en french bashing. Et je partage mes découvertes sur Twitter : ensuite, avis aux amateurs.

Évidemment, cette lecture de la presse anglophone est pertinente pour un journaliste en devenir. Pourquoi perdre mon temps avec des textes « littéraires », où tout est détours et métaphores ? A travers la presse, je trouve de ces mots que l’on emploie tous les jours et de ces thèmes qui montrent le monde concret. Cette curiosité est d’autant plus nécessaire qu’elle me permet de découvrir d’autres manières d’informer : plus de place accordée aux témoignages, plus de spontanéité à la télé, plus d’analyse dans les articles.

  • Joindre l’utile à l’agréable : l’anglais par la culture

Puisque je ne suis pas encore bilingue, certains mots m’échappent. Je prends donc soin d’avoir toujours un petit papier à côté de moi, où je les note avec leur traduction, de sorte à me former un petit lexique. Mais il suffit – et tout le monde approuvera – de bien saisir le contexte pour ne pas avoir à traduire certains mots.

Je n’apprends rien en balançant qu’une des meilleures méthodes pour travailler notre compréhension, c’est de regarder des films en anglais. Hélas, j’ai encore du mal à le faire sans sous-titre, mais cela ne saurait tarder. Car dans le septième art, l’expression est très travaillée et elle est fortement imprégnée par l’« humeur » de l’acteur ou le registre de la scène ; si bien qu’on peut comprendre différemment une même réplique selon qu’elle soit empreinte de colère ou de joie. Rien de tel dans un reportage télé, où le débit est on ne peut plus « standard » et un brin plus spontané.

Améliorer son anglais passe aussi par les chansons. Combien de fois en entendons-nous une sans rien y comprendre aux paroles ! Il suffit, si une chanson nous plaît, de lire les paroles originales et de les mettre en regard avec leur traduction. Voilà un moyen tout bête, très rapide et très plaisant pour comprendre, d’autant que l’on retient mieux un texte scandé ou chanté qu’un texte monocorde. Les linguistes ne contrediront pas.

Ce n’est pas tout d’emmagasiner : encore faut-il restituer. Voilà pourquoi je me suis lancé, il y a peu, dans la traduction d’articles de l’anglais vers le français… et inversement ! Autrement dit, il m’arrive petit à petit de traduire mes propres articles en anglais. De même, pour travailler la prononciation, je lis simplement un article à haute voix en m’enregistrant, voyez-vous. Mais étant occupé par trente-six mille choses en même temps, je regrette de ne pas avoir recours à tout cela systématiquement.

 

> Il n’y a pas trente-six solutions : partir à l’étranger

Voyage étrangerEnfin, il ne faut pas se voiler la face : la meilleure façon de perfectionner son anglais est de partir là où on le parle. Que ce soit dans le cadre des études – programme Erasmus – ou d’une année sabbatique, on part débutant ou moyen et on revient forcément expert. Tous ceux qui ont passé ne serait-ce que quelques mois à l’étranger le reconnaissent ; et s’ils expriment un regret, un seul, c’est celui de n’être pas resté plus longtemps.

En immersion dans une foule de locuteurs étrangers, on n’a d’autre choix que d’oublier sa langue pour adapter la leur. C’est aussi simple que cela. Les premières semaines sont certainement les plus ténues et le risque de découragement y est le plus fort : mais une fois la machine lancée, on en oublierait presque d’où l’on vient. On mesure à quel point on est imprégné de la langue lorsque, de retour au bercail, on se surprend à la parler encore.

 



Pour aller plus loin, lire le dossier de Slate.fr décliné en trois articles :