Longtemps, je me suis levé de bonne heure

Se lever tôtContrairement à Marcel Proust, je me suis longtemps levé de bonne heure. Alors qu’aucune obligation professionnelle ou estudiantine ne m’y contraint, je règle chaque jour mes réveils entre 3 et 4 heures. Dans le silence de la nuit, j’émerge d’abord en allumant la radio et je démarre avec un café noir bien puissant. Dehors, c’est le silence, parfois perturbé par les épaves de fin de soirée. Et en m’accoudant de temps à autre à ma fenêtre, je m’aperçois que je suis le seul pauvre mec à avoir les fenêtres éclairées. Tu m’étonnes.

C’est que, voyez-vous, la nuit – et son ambiance – m’a toujours fasciné et je ne manque pas de la vivre éveillé plutôt qu’en veille. Certains week-end, mais pas tous, c’est pour faire le folichon avec les potes. Mais en semaine, c’est exclusivement pour travailler. Fidèle à une devise que j’ai forgée moi-même, « Je bosse fort, comme le détroit », je me lève bien matinalement pour travailler nuitamment. Voilà tout.

 

> Sommeil non conventionnel

Cette habitude n’est pas nouvelle : au collège ou au lycée, je me levais tôt bien volontiers, quoique dans des proportions plus raisonnables. Mais depuis disons septembre, ce qui était l’exception est quasiment devenu la règle. Dès 3 ou 4 heures, je commence à faire la tournée des sites d’information pour y lire les nouvelles de la nuit, ou alors j’avance dans la lecture d’un bouquin. D’autres fois, j’ouvre Open Office et je rédige des billets pour mon blog – comme celui que vous lisez. L’un ou l’autre se fait dans l’ambiance onirique que renvoient Nova ou FIP, radios éclectiques qui vous mettent bien. Et puis, s’il ne pleut pas et qu’on n’est pas en hiver, je m’en vais faire mon jogging à un moment où les rues sont encore vides. En somme, ce que d’autres font aux alentours de 8 heures, je le fais quelques heures avant. Rien de très méchant.

Si mon réveil se fait à une heure tout à fait anormale, on ne peut pas en dire autant de l’heure de mon coucher. En effet, il est 23 heures quand je rejoins les bras de Morphée, ce qui est on ne peut plus conventionnel ; mais il est souvent plus tard lorsqu’il s’agit d’autres bras, of course.

Un simple calcul permet donc de conclure que je dors entre 4 et 5 heures par nuit. Certes, mais attention, je suis un adepte de la sieste expresse ! Si vraiment je n’ai rien de prévu dans la matinée, je me rendors une trentaine de minutes vers 9h ; et je recommence parfois en début d’après-midi, vers 14 heures. Mine de rien, les siestes sont miraculeuses, car une fois terminée, on se sent comme au sortir d’une longue nuit et on est pour ainsi dire frais et dispos.

Voyez-vous, il y a une certaine forme de plaisir à être actif la nuit, ne serait-ce que par la créativité qu’elle apporte. Balzac n’aurait sans doute pas été aussi prolifique s’il avait pris la plume de jour. Et je ne peux que partager l’avis de l’architecte Frank Lloyd Right, qui déclarait :

«Je m’endors très vite sitôt couché. Puis je me réveille vers 4h et je ne peux plus me rendormir. Mais j’ai l’esprit clair, alors je me lève et je travaille trois ou quatre heures. Ensuite je me recouche pour une petite sieste.»

 

> Le journaliste sur le pied de guerre

Si certains s’interrogent encore sur le bien-fondé de cette habitude, je répondrais qu’elle permet de se préparer à la vie de journaliste. Il est vrai qu’il est peu accoutumé aux « horaires de bureau », ainsi qu’aux 35 heures hebdomadaires. De surcroît, il est souvent amené à ne jamais respecter son emploi du temps, qui est fonction de l‘inattendu et des aléas propres au métier. Certains jours sont incroyablement chargés tandis que d’autres sont désespérément vides. De même, le journaliste doit se préparer à être d’attaque en pleine nuit, au cas où un fait divers surviendrait. (Mieux vaut, dans tel cas, laisser son téléphone allumé, car les rêves prémonitoires appartiennent encore au domaine irrationnel.)

Attention à ce que je ne devienne pas fou. Car ce que je fais, en plus d’être tout à fait inhabituel, peut être nuisible à ma santé. C’est qu’avec tout cette histoire, j’ai l’impression de me mettre volontairement en burn-out, ce mal du siècle qui touche particulièrement ceux qui « bossent fort, comme le détroit ». Et souvent, ceux-là le font à l’insu de leur plein gré. Mais peut-on reprocher à quelqu’un d’aimer son métier et de l’avoir dans le sang ?! Surtout si ce métier est… journaliste !