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Désolé de commencer avec une référence kitsch, mais voilà : comme Julien Clerc, “je n’aimais pas beaucoup l’école”. Pourtant, au vu de mes premiers bulletins scolaires, tout laissait croire que je m’y plaisais. C’était vrai à l’école primaire. Bien que je rêvassais souvent, ma moyenne atteignait des sommets, si bien que je restais parmi les cinq “meilleurs” de la classe. En plus, je garde un excellent souvenir de mes professeurs et camarades. Puis j’ai pratiquement perdu un point de moyenne par an dès le collège, avant une stabilisation à 13/20 jusqu’au bac. En maths, j’ai divisé ma moyenne par deux entre la CM2 et la 3e, douchant mon ambition de devenir astronome.

Que s’est-il passé ? J’ose croire qu’il me restait plus que “deux neurones d’intelligence”. En fait, je crois que mes petits voyages en solo, menés dès l’âge de 7 ans, ont commencé à produire leurs effets. Comme si à force de me balader ou d’être ballotté entre les domiciles parentaux, j’avais attrapé la bougeotte et une curiosité féroce. La salle de classe était devenue trop petite pour mon immense envie de découverte. Maintenant que j’avais percé mon cocon, je devais savoir ce qui se passait en dehors. Je voulais juste participer à la marche du monde, merde !

École buissonnière et 400 coups

Ainsi, je ne me suis pas pris de passion pour mes études tout au long du collège, mal famé au demeurant. Après un regain d’intérêt au lycée, j’ai capitulé à l’université. Je n’accrochais plus. Mot bien choisi, car j’étais comme un wagon ayant décroché de sa locomotive. Je grandissais comme je voyage aujourd’hui : en m’engageant sur des chemins de traverse. J’orientais mes actions vers la réussite plutôt que de me laisser traîner vers je ne sais où.

L’envie de découvrir le monde (et même d’autres monde) m’a animé dès le plus jeune âge. Article de La Voix du Nord, août 2001.

C’est pourquoi en 2007, alors en 3e, j’ai pratiqué à outrance l’école buissonnière. Comme Antoine Doinel, je faisais les 400 coups. Bien des fois, au lieu de prendre le chemin du collège, j’allais à la gare de Lille et montais dans un train pour Paris, Bruxelles ou que sais-je encore, certain que ce serait plus formateur. A la fin de l’année, mon carnet de liaison avait perdu pratiquement tous ses coupons roses “absences”, remplis et signés par un père conciliant. Et je vais vous faire une révélation : je me suis mis à faire le pitre, ce qui m’a valu mes premières (et dernières) heures de colle.

 

Lire : mon article sur Le Figaro Etudiant, « 5 bonnes raisons de rater ses études »

 

A l’école, je m’ennuyais ferme, donc, mais pas au point de vouloir tout plaquer – un peu de lucidité, hein. J’étais passé en pilotage automatique. Je faisais ce qu’il fallait faire, je “pointais”, et puis c’est tout. Je ne forçais pas. Mes notes ont toujours tourné aux alentours des 12-13 et je m’en contentais. Je me disais que ces vulgaires moyennes ne reflétaient pas la force intérieure des élèves, “les pouvoirs qui dorment en toi”.

Du concret, bordel !

A l’université, ce fut pire. J’ai “choisi” des études de lettres modernes, sans conviction, parce qu’on ne nous laisse pas le temps de mûrir son projet au lycée. L’ambiance était cool, mais le contenu des cours était décevant. Clairement, ça ne fait pas avancer le schmilblick de savoir qu’un vers contient une assonance ou que Marivaux écrit une métaphore filée. A la longue, je me suis dit que ce que j’apprenais n’allait jamais m’être utile à l’avenir. Que ces élucubrations n’allaient pas servir ma carrière. Comme au collège et au lycée, donc, j’attendais que le temps passe. Dès que le pouvais, je voyageais physiquement et mentalement.

 

Lire : « L’érudition, l’art d’apprendre par soi-même », mon article de juin 2014 (eh oui, déjà !)

 

Quand on a vingt ans, à l’aube de la vie active, l’envie de réussir dans les tripes, on cherche du concret, du sérieux, du solide. De la concrétude, bordel ! Là, je tournais en rond dans une discipline sclérosée qui se voulait “moderne” mais qui ne disait rien du monde présent. On aurait pu donner les mêmes cours il y a un siècle que ça n’aurait rien changé. Heureusement, cette mascarade ne durait qu’une quinzaine d’heures par semaine – et encore, je faisais l’université buissonnière. Cela me laissait le temps de me réaliser et de réaliser ce qui me plaisait.

Érudition, ambition et culot

Preuve de mon ennui, je m’intéressais à tout… sauf à ma licence ! A la BU, on me surprenait dans les rayons Economie, Sociologie et Politique, rarement en Littérature. Je passais mon temps à suivre des cours en ligne, les fameux Mooc, qui à l’époque commençaient à émerger en France. Géopolitique, droit… On aurait pu me prendre pour un étudiant de SciencesPo, ce qui m’aurait mieux convenu d’ailleurs. Les étudiants investis lisaient toute la bibliographie recommandée et ne vivaient que pour leurs UE, dossiers et exposés. Je préférais butiner ça et là, m’enivrer du Savoir sans m’enfermer dans une discipline. Juste ouvrir un livre au hasard et apprendre, quoi. Pour réussir, je comptais plutôt sur l’érudition, l’ambition et le culot, voilà tout.

 

Ecouter : « L’ennui, très tendance », une émission de France Culture

 

Quand j’ai obtenu ma licence, j’ai davantage eu l’impression d’avoir perdu trois ans que d’avoir appris des choses pertinentes. Tout aurait pu s’arrêter là. Mais là encore, malgré le peu d’importance que j’attache aux diplômes, ma lucidité m’a dit : de nos jours, un bac +5, c’est le minimum syndical. Alors imaginez avec quel enthousiasme j’ai rempli mon dossier d’inscription en master, à l’idée de rempiler pour deux ans…

Emprunter les chemins de traverse

Sauf que cette fois, l’école de la vie a pris le dessus sur l’école tout court. Je me suis libéré du système. Au bout de quelques semaines, j’ai déserté la fac. Mon ambition de devenir journaliste était trop forte. Je devais m’y consacrer tout entier. Je me suis mis à suivre l’actualité à plein temps, à lire, à me documenter, à rencontrer des gens. J’ai profité de cette “année blanche” pour concrétiser mon projet de blog d’actualité, ancêtre de celui que vous lisez ici. Je me suis mis à construire mon réseau, à écrire des papiers d’actualité pour moi, et tant pis si je n’étais pas beaucoup lu. Apprendre, c’est ça : bricoler, échouer, douter et persévérer sur la route qu’on s’est choisie.

 

« L’ennui naquit un jour de l’université »

(Honoré de Balzac dans Un Début dans la vie)

J’ai tout de même eu la force de recommencer mon master 1 et, cette fois, de le terminer. Avoir emménagé à Paris, la ville rêvée de l’ambitieux Rastignac, m’a donné la force. Mais, je l’espère, je n’irai pas plus loin. Un stage en a amené un autre, puis encore un autre, puis finalement un contrat, à chaque fois dans de grandes et belles rédactions. Lors de mes entretiens, on ne m’a jamais questionné sur mes études. C’est dire leur importance ! Mes expériences et projets semblaient davantage intéresser et intriguer mes chefs. Tant mieux, car c’est là-dessus que j’ai tout misé.

Entrer par la petite porte

Cela me fait dire que journaliste n’est pas un métier comme les autres. Il y a des métiers comme ça ouverts aux autodidactes. Contrairement au médecin ou à l’avocat, le journaliste n’a pas besoin d’avoir un diplôme dans sa spécialité pour pouvoir exercer. Son savoir-faire, son savoir-être et ses expériences comptent plus que tout. Je refusais le calcul simpliste du “il faut faire ceci” (= réussir les concours, intégrer une école et obtenir ce diplôme) pour “être cela” (= devenir journaliste)”. L’école prépare à un diplôme, pas à un métier. J’ai voulu contourner l’étape “diplôme” pour viser directement le métier rêvé, quitte à ce que ce soit long et périlleux. Parmi mes amis, peu ont cru en ma démarche. Une vieille dame a même osé me balancer à la figure (insulte suprême) : “Tu ne deviendras jamais journaliste.”

Vous l’aurez compris, je n’entrais pas dans le moule du système éducatif. Apprendre, savoir et connaître, je ne demande que cela, mais la manière de faire ne convenait pas à ma manière d’être. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase fut l’université, que j’apprécie pourtant comme étant un lieu de Savoir. Rien de concret à l’aube de la vie active, des “disciplines” repliées sur elles-mêmes… Dans le prochain article, je vous expliquerai comment le voyage m’a sauvé de cet ennui et tout ce qu’il m’a appris.

 

Photo de une : Comme Antoine Doinel, le héros des « 400 coups » de François Truffaut, je rêvais de savoir ce qu’il se passait en dehors de la salle de classe.

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Jean-Marc De Jaeger ()

Website: http://lefouduvoyage.fr

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