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Escort Girl

I.HATZISTAVROU / SIPA

Alors que la dernière sonnerie du jour retentit, le lycée se vide de ses élèves, qui s’empressent de retrouver leur domicile familial. Isabelle, elle, emprunte des chemins on ne peut plus déraisonnables. Elle prend la direction d’un hôtel – et quelle sorte d’hôtel… – et, dans le mystère d’une chambre anonyme, va s’adonner à une pratique qui, pense t-on, ne souille pas la jeunesse. A la lubricité sénile et aux verges du hasard, elle expose et offre son jeune corps innocent. Des « prestations » pour lesquelles elle tire quelque plaisir aventureux et, surtout, force argent. A ceux qui crieraient à la folie, on répondrait qu’« on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans ».

> La vie après les cours

Cette leitmotiv du film Jeune et jolie (2013) de François Ozon n’a hélas rien de fictionnel. La réalité est que, une fois passé le bac, 40 000 jeunes – presque exclusivement des filles mèneraient une vie parallèle à leurs « chères études ». A l’inverse d’Isabelle, elles sont moins soucieuses de libérer de l’ocytocine que de se libérer de la galère. Car la condition étudiante, déjà suffisamment représentée comme instable et précaire, atteint parfois des bas-fonds insoupçonnés. Et ce n’est pas révéler un secret d’alcôve que de rappeler que la prostitution est aussi l’affaire des étudiantes.

Laura D., qui raconte son expérience dans Mes chères études. Étudiante, 19 ans, job alimentaire : prostituée (Max Milo, 2008), commet le même péché qu’Isabelle. La différence est que l’une vient d’une famille modeste et l’autre de la petite bourgeoisie parisienne ; l’une le fait sous la contrainte, pour appuyer son indépendance, tandis que l’autre le fait par plaisir, comme pour s’affranchir d’une vie trop rangée. Mais qu’importe ces différences, l’important est que lumière soit faite sur cette réalité indigne et dérangeante.

Mes chères études nous y aide. Le livre se présente comme un roman mais a tout d’une étude sociale. Pas étonnant que l’histoire de Laura D. soit suivie par le petit essai d’une étudiante en sociologie, Éva Clouet, laquelle a par ailleurs mené une enquête exhaustive sur le sujet : La Prostitution étudiante à l’heure des nouvelles technologies de communication : distinction, ambition et ruptures » (Max Milo, 2008)

> Apprendre à vivre, apprendre et vivre

Mes chères étudesComme tout jeune normalement constitué, Laura D. a la passion d’apprendre. Fraîchement bachelière, elle déboule dans l’Enseignement supérieur pleine de volonté et de soif de réussite. Le jour de sa rentrée forme pour ainsi dire un moment charnière dans sa vie : elle entre à l’université la fleur au fusil et entame sa LEA Espagnol-Italien libre et apaisée.

Mais les soucis arrivent bien vite et la voilà vite désenchantée. Les 404,60 euros de frais d’inscription forment déjà pour elle une première forme de sacrifice. Puis les dominos tombent les uns après les autres : livres, loyer, courses, loisirs, etc. Des dépenses imposées par des besoins naturels irrépressibles.

Bien que ses parents ne soient pas riches, elle se satisfait de peu et estime n’avoir jamais manqué de rien. Du moins jusqu’à présent. Elle fait pour ainsi dire partie de la classe moyenne inférieure, celle-là même qui est « trop riche » pour prétendre à la bourse. La réalité du quotidien l’oblige donc petit à petit à ravaler sa modestie. Pour vivre, il faudra donc travailler. Laura décroche un boulot en télémarketing qui lui rapporte 400 euros par mois. Une somme dont elle ne garde qu’un seul quart, je reste allant à son petit ami de colocataire. Une somme insuffisante, en somme.

La plus grande volonté du monde n’arrive parfois pas à venir à bout du contingent : la faim et la privation l’étreignent toute entière et, un malheur n’arrivant jamais seul, elle essuie une amère rupture amoureuse. Un malaise l’amène à faire la manche à la porte du Crous… qui ne peut rien pour elle. Il ne lui propose rien d’autre que les Restos du Cœur, mais elle se refuse à y aller : par modestie, encore une fois, elle ne veut pas « voler les vrais pauvres ».

> La prostitution comme ultime recours

Laura trouve la solution sur internet. La curiosité l’amène sur un site X où, guidée par la nécessité, elle publie l’annonce profane. A t-elle le choix ? Elle voudrait bien exercer un petit boulot à mi-temps, mais ce serait au détriment de ses « chères études ». De là commence une double vie, discrète et inavouable. Et dès lors le récit donne à voir une prostitution loin de l’image que l’on en fait : elle n’agit pas sur les trottoirs malfamés mais dans la discrétion et la sécurité d’internet, rendant de fait plus difficile la mesure de son ampleur.

« Chacun y trouve son compte, écrit Laura. [Les hommes] veulent voir leurs fantasmes se concrétiser et moi les miens. » Elle se lance donc à corps perdu dans l’inconnu, avec des inconnus. Pour une fois, elle semble faire un caprice, elle qui a toujours été un peu adulte : « Je me sens plus gamine que jamais, moi qui ai toujours été en avance sur mon âge ». Les rendez-vous se succèdent avec des hommes de l’âge de son père – ou de son grand-père. « Lolita » appréhende sa première « passe », mais, après coup, s’en sort grandie : « [On] me fait prendre conscience que mon corps est plaisant. » Et surtout, elle s’en sort enrichie : 250 euros l’heure de « services ». Largement de quoi faire ses courses et combler ses dettes.


Suite : 2ème et 3ème volets

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Jean-Marc De Jaeger ()

Website: http://lefouduvoyage.fr

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