her-movie-titre2Qui va voir le dernier film de Spike Jonze consent à se prendre une claque émotionnelle monumentale. Face au flot d’une esthétique onirique et devant le tableau des sentiments humains, on ressort de là tout chose ; et quand on est tout chose, le monde paraît un brin différent et nous questionne au plus profond.

Her nous emmène dans un futur – théorique – pas si lointain, si proche même qu’on assiste déjà aux prémices – réelles – : les « gens », simples unités de mégalopoles inhumaines, se croisent sans se regarder, se frôlent sans palabrer, en somme se déconnectent du monde environnant. Les programmes informatiques ont remplacé nos semblables, nos frères, et l’on préfère encore écrire avec la voix plutôt qu’avec la main – outil de l’hu-main. Quel monde que celui-ci où l’on languirait sans la technologique ! Quelle dépendance que celle-là, qui plonge Théodore Twombly dans une ultra moderne solitude.

Et « ça s’passe partout dans le monde chaque seconde »

L’amour au passé

C’est que le personnage principal, joué par Joaquin Phoenix, ne parvient pas à faire le deuil d’une ultra difficile rupture. Égaré dans la foule sentimentale, il s’éprend rapidement de Samantha. Elle lui lit ses mails, les lui écrit, facilite ses journées dans sa tour d’ivoire, mais il ne s’agit ni de sa secrétaire ni de son aide ménagère : elle n’est qu’une intelligence artificielle sans corps, une voix dans l’oreille – celle de Scarlett Johansson –, ce qui n’empêche pas notre amoureux transi de songer aux plus ultra débiles fantasmes.

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Le film est traversé par une ancienne histoire d’amour – avec une humaine – née dans la joie, traversée par le bonheur et achevée dans les larmes. Signe que ce fût là un amour complet, Théodore dira avoir « éprouvé avec elle tous les sentiments existants ». Et comme la fin de l’amour est la perte de notre moitié, Théodore, face à lui, épanche sa sensiblerie dans « les mêmes endroits, deux fois trop grands ». Nostalgie de l’étoile perdue… Noblement faible, il se laisse entraîner dans une relation virtuelle – sur le coup, bien virtuelle – pour retrouver pas à pas la quiétude d’autrefois. Juste pour l’ oublier, ELLE. Et quand bien même les « occasions » se présentent avec des femmes – des vraies –, il n’en tire aucun plaisir, si ce n’est le plaisir de souffrir davantage.

Il est impossible de rester de marbre face à de tels sentiments. Là où se trouve la faiblesse de l’homme éclate aussi sa splendeur : l’amour, exposé de telle manière dans toute son humilité, rappelle de quoi est fait le fond du cœur humain. Chacun, dans sa vie, ne peut pas ne pas être passé par de pareilles épreuves émotionnelles.

Cette histoire fait penser à celle Lost in translation, qui relate les tribulations d’un homme rangé dans une mégalopole en désordre. Scarlett Johansson – de nouveau elle ! – apporte sa compagnie à Billy Murray, comme pour dresser un rempart à l’ultra moderne solitude des capitales.

La simplicité du bonheur

spike-jonzes-her-movie-reviewAh ! et puis après tout, il semblerait que le bonheur perdu ne soit pas la fin de toute chose. C’est retrouver le calme que de se libérer du passé ; et c’est maintenir la stabilité que de ne plus se projeter trop en avant. Théodore, bien des fois malmené par ses sentiments, en oubliait presque le plus inoffensif d’entre eux : l’amitié. Cette amitié confidentielle qui réconforte dans l’épreuve et amuse la quiétude, il l’avait presque oubliée. Là se trouve pourtant le bonheur le plus simple et le plus suffisant. D’avoir quêté trop loin, il n’a pas vu ce qu’il y avait « tout près, juste à côté ».

Alors qu’il suffirait parfois de s’asseoir par terre avec une bonne amie et de poser, sur son « épaule solide et fragile à la fois », son âme préoccupée. Rien de plus. Rien que pour cesser les tractations inutiles. Et tout en faisant, regarder les lumières de la ville – et de la vie.



Her, film de Spike Jonze avec Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson,
Amy Adams, …
En salles depuis le 19 mars.

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Jean-Marc De Jaeger ()

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